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RICHARD TROIS 18 mars au 12 avril 2008 - 20 h 00
RICHARD TROIS
D’après la tragédie Richard III de Shakespeare
Mise en scène de Marie-Josée Bastien


Théâtre de la Bordée

Lundi 24 mars 2008.
par Yolande Prémont

Richard trois au théâtre de La Bordée

Un décor sombre, avec d'innombrables colonnes derrière lesquelles on peut espionner à sa guise. Une passerelle d'où s'expriment les plaintes des reines devenues veuves. Un escalier côté cour, où on essaie de fuir, un escalier côté jardin qui conduit à la mort.   Çà et là, des  accessoires hétéroclites qui deviendront des personnages. Au centre de ce décor, tout aussi sombre et armé de son inséparable dague, nous attend Richard, le bossu, duc de Gloucester. Ce monstre qui « ne peut pas aimer mais qui peut sourire »  convoite le trône de son frère Édouard. Assoiffé de vengeance, il veut faire payer la société à la fois  pour sa difformité et pour les trahisons antérieures qu'il a subies. « Six personnes se trouvent entre moi et mon rêve ».  Dès lors, Richard n'aura d'autre but que d'éliminer tous ceux qui l'empêchent d'accéder au trône fussent-ils des enfants innocents.

Jacques Leblanc campe un Richard III à la fois lucide et fou, despote, manipulateur, séducteur, qui dresse ses frères l'un contre l'autre, séduit sa belle-soeur, et dont l'ambition démesurée mène à la mort ennemis et complices.  Le comédien est si intense et si vrai que le spectateur, envoûté,  l'accompagne bien malgré lui dans sa lente montée vers le trône, ponctuée de « c'est fait ».  Lorraine Côté relève le défi d'interpréter tous les autres personnages de la pièce.  Elle est particulièrement magnifique dans les rôles d'Élizabeth, de Anne et de la reine mère, cette dernière (intervenant sur vidéo) assistant impuissante aux diaboliques manipulations de son plus jeune fils.

Marie Josée Bastien, en utilisant accessoires et anachronismes  ne manque pas mettre en relief les nombreux parallèles entre cette histoire sanglante du XVe siècle et les injustices du monde moderne . Des caméras partout, un écran géant, des téléviseurs : on pense évidemment  à Big Brother... Mais l'écran géant et les vidéos ont ici plusieurs fonctions :   faire voir  de plus près les expressions de cruauté et de folie de Richard, faire intervenir les « ministres de l'enfer », diffuser les « actualités ».   À la cour d'Angleterre, on fait en effet des reportages sur ce qui se passe au château ou sur le champ de bataille !  Comme aujourd'hui, des journalistes trop curieux disparaissent mystérieusement , comme aujourd'hui,  on contrôle les médias, on assiste à des jeux de coulisses et de pouvoir. Richard danse avec le manteau de son frère Édouard, fait faire des cabrioles à des pains qui représentent les bourreaux, comme un géant, il se penche sur une maquette de son royaume et y fait glisser les pions à sa guise: belle représentation de l'ivresse du pouvoir malheureusement universelle et très actuelle.  Marie Josée Bastien va encore plus loin dans l'utilisation des accessoires en les animant littéralement. : deux gants manipulés comme des marionnettes par Jacques Leblanc deviennent les hommes de mains ( jeu de mots amusant mais très efficace), et deux lampes allumées (donc des enfants bien vivants) personnifient les jeunes princes héritiers conduits à la Tour de Londres d'où l'on ne revient jamais.  Cette scène est particulièrement touchante,  car on étire jusqu'au bout les fils qui les retiennent à la vie et la comptine légère qui accompagne leur disparition nous fait froid dans le dos.

Les éclairages de Sonoyo Nishikawa sont tout aussi réussis. La pénombre sert les complots de Richard et assiste Lorraine Côté dans ses nombreuses transformations, les faisceaux de lumière et les éclairages latéraux rendent bien l'atmosphère de complots  constants. À la mort des enfants, le rouge qui jaillit de la Tour de Londres et s'étend sur la scène est on ne plus symbolique.

Les costumes de Catherine Higgins sont très beaux... La difformité de Richard est suggérée mais omniprésente, les robes et les manteaux de Lorraine Côté la rendent altière dans ses rôles de reines et les costumes anachroniques des autres personnages renforcent  l'idée de parallèle avec le monde moderne.

La mort de Richard à la bataille de Bosworth mettra fin à son règne de terreur. Dans son délire, il devra lui aussi descendre les marches qui conduisent à la mort non pas sans avoir revu le fantôme de ses victimes. Il  ne savait pas que le despotisme, la traîtrise et la violence  peuvent isoler même un  roi. Celui qui avait « joué sa vie comme une partie d'échecs » se retrouve donc doublement vaincu  à la fin. C'est sa propre cruauté et sa propre folie qui lui disent alors: « Échec et mat ! ».



Le Richard trois du trio Bastien, Côté, Leblanc est un beau bouquet de fin de saison !



Mise en scène  Marie-Josée Bastien
Assistance à la mise en scène  Sylvain Perron

Richard III   Jacques Leblanc
Anne, Elizabeth et autres  Lorraine Côté

Décor  Christian Fontaine
Costumes  Catherine Higgins
Multimedia   Philippe Lessard- Drolet
Éclairages  Sonoyo Nishikawa
Musique originale  Stéphane Caron
Accessoires  Maude Audet
Maquillages  Jennifer Tremblay
Coiffures  Danny Lessard


À l'affiche jusqu'au 12 avril.

Théâtre de la Bordée
315, rue Saint-Joseph Est - 418 694-9721 / 1-877-643-8131 - 22 $, 25 $ et 30 $



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