25 mars au 12 avril 2008 - 20 h 00
Le Magicien Prodigieux
Texte : D'après Calderón de la Barca
Adaptation libre : Philippe Soldevila
Mise en scène : Philippe Soldevila
Quand le diable « s'emmêle »...
La comédie El Magico prodigioso de Calderon a été
écrite en 1637, mais raconte l'histoire de saint Cyprien et de
sainte Justine, martyrs chrétiens sous l'Empire romain... Le
spectateur peut-il se retrouver dans cet enchevêtrement de lieux
et d'époques ? Assurément, s'il accepte de suivre
Philippe Soldevila, son diable-magicien et sa troupe de
comédiens amateurs dans leur joyeux délire
théâtral. Attention ! l'adaptation est
très libre et on est dans l'intemporalité ! Cette
approche est vertigineuse : on passe du langage précieux du
jeune Cyprien au « moé itoo » de son
valet, des aspirations mystiques de Justine aux
préoccupations mercantiles d'un vendeur de crème
glacée québecois, du tintement des clochettes
au gazou, le tout entrecoupé d'intermèdes parodiant les
comédies musicales.
Soucieux de rendre hommage à la comedia espagnole qu'un
public exigeant interrompait parfois pour y
participer, Philippe Soldevila nous convie à
la foire où une troupe itinérante joue l'histoire
des jeunes martyrs avec bien peu de moyens.
Ancêtre du mythe de Faust, la pièce met en
scène le jeune Cyprien qui vendra son âme au diable
contre la magie lui permettant de conquérir Justine, l'objet de
son amour. Soldevila met donc en scène un narrateur-diable
(parodie du narrateur-dieu qui lit dans les pensées des
personnages) qui a le contrôle sur tout (ou presque). Il
peut suspendre l'action ou le récit d'un personnage, le faire
accélérer ou le reprendre à sa guise comme il peut
faire naître le sentiment amoureux (ce qui conduira Cyprien au
terrible pacte). Mais sa magie a des failles, et les effets
spéciaux qu'il commande ont parfois des ratés. Le diable
s'«emmêle» plus souvent qu'à son
tour. Obtiendra-t-il l'âme de Cyprien voire celle des
spectateurs ? C'est compter sans le «
libre-arbitre-de-la-volonté » propre aux humains, si cher
à Calderon . À la fin,
libérés de leur destin « historique
», Justine et Cyprien remplacent le diable au sommet
de l'échelle mobile et dominent la scène et leur vie.
Dans cette production, le magicien prodigieux n'est pas celui que l'on
pense, il s'appelle Pascal Robitaille (qui fait intervenir
directement accordéon, guitare, flûte, castagnettes,
gazou et propose des extraits d'opéras pour maintenir
l'air de fête). Il s'appelle Erica Schmitz, (qui a
conçu une scénographie intemporelle avec un grand rideau
qui rappelle le cirque, des guirlandes de lumières qui se
rendent jusque dans la salle et des accessoires que les
comédiens semblent avoir pigés dans diverses
époques). C'est aussi Jeanne Lapierre (dont les
costumes recyclés représentent l'époque
romaine ou médiévale). C'est Fabrice Tremblay et
Christian Fontaine (qui du haut de leur régie font un
travail formidable avec de multiples interventions visuelles et
sonores). Enfin, le magicien prodigieux , c'est Philippe
Soldevila, qui, beaucoup mieux que le diable, a dirigé avec un
plaisir «malin» de talentueux comédiens et
qui fait de ce spectacle un délire théâtral
drôle et rafraîchissant, rempli de trouvailles.
Bref la magie qui opère ici n'est pas celle de Lucifer, mais
celle du théâtre.
Adaptation et mise en scène Philippe
Soldevila
Assistance à la mise en
scène France La Rochelle
Interprétation Jonathan Gagnon,
Israël Gamache, Marie-Hélène Lalande, Nicolas
Létourneau, Patrick Ouellet, Guillaume Perreault, Marie-France
Tanguay et Nicola-Frank Vachon
Scénographie Erica Schmitz
Lumières
Christian Fontaine
Costumes
Jeanne Lapierre
Musique
Pascal Robitaille
Théâtre Périscope
2, rue Crémazie Est - 418 529-2183 / 1-877-643-8131
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