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Tragédies romaines
au Carrefour international de théâtre.
Dans le secret des dieux.
Comment maintenir l'intérêt du spectateur jusqu'à
la finale sanglante d'une tragédie de Shakespeare ? Et
comment réussir ce tour de force quand on lui en propose
trois (Coriolan, Jules César, Antoine et
Cléopâtre)? La réponse se trouve dans la relecture
de Tragédies romaines, présentée au Carrefour
international de théâtre. Un metteur en scène
génial (Ivo Van Hove), des comédiens intenses (Le
Toneelgroep Amsterdam), des traducteurs efficaces et bien
sûr, des techniciens hors pair qui savent mettre au service de la
production toutes les nouvelles technologies font de ce spectacle une
réussite. Les créateurs poussent le
défi encore plus loin en invitant les spectateurs sur la
scène où ils peuvent se restaurer, consulter leurs
courriels et surveiller de près le lobbying, les intrigues et
les mises à mort. Les voici donc parachutés dans un
Centre des congrès où sous la présence constante
des caméras, ils pourront croiser les Coriolan,
César et Antoine, tous broyés par la machine
politique.
Il est fort troublant de découvrir l'actualité du
texte de Shakespeare. Ivo van Hove dit n'avoir coupé
que les scènes de guerre (admirablement rendues par deux
percussionnistes placés dans la fosse d'orchestre). Quoi ?
La manipulation, la trahison et la violence seraient-elles encore de ce
monde ? En effet, pendant qu'on complote pour
assassiner César, des écrans reproduisent des
images de l'ultime voyage de Kennedy à Dallas ; pendant
qu'Antoine prononce son oraison funèbre, c'est au tour
d'Obama de discourir, embarrassé par l'héritage que lui
ont laissé d'autres tribuns. Similitudes...
Malgré sa longueur, cette production offre des moments
d'une rare intensité, par la pertinence du propos, par
l'originalité de la forme, par l'intelligence de la mise en
scène et surtout par la remarquable performance des
acteurs néerlandais.
Grandiose !
Yolande Prémont
- Le Télégraphe de Québec
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Ciels
de Wajdi Mouawad
au Carrefour international de théâtre.
Double huis-clos.
Déroutante, cette représentation de Ciels sur la
patinoire de l'arena Bardy. Les spectateurs sont invités
à prendre place à l'intérieur d'un immense cube
blanc où, avec 243 autres curieux, ils deviendront des
statues de jardin, témoins de la déroute des
personnages. L'action de Ciels se passe tout autour
de la salle, sur quatre aires de jeu surélevées où
s'agitent les membres d'une équipe internationale
chargée de décrypter les messages des terroristes
et surtout, de les empêcher de commettre
l'irréparable. Mouawad nous propose ici un double
huis-clos : celui des espions qui ne peuvent quitter leur cellule
secrète tant que l'énigme n'aura pas
été résolue et celui de la salle, bombardée
de projections vidéos et sonores
évoquant le chaos créé par l'homme du
XXe siècle.
Ciels nous parle de guerre et de mort, mais aussi de la
puissance des mots et de l'importance de l'art. Ciels nous parle
de la relation père-fils et de la vengeance possible de
tous les fils contre leurs pères responsables
d'avoir permis tous les massacres du XXe siècle.
Ciels nous parle enfin de cet aveuglement qui peut conduire le monde
à sa perte.
Au sortir de ce huis-clos, ébranlé et
touché par cette histoire et par sa forme, le spectateur se
surprend à observer le ciel québecois pour
l'instant sans nuages...
Troublant Wajdi !
Yolande Prémont
- Le Télégraphe de Québec
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Belles-soeurs
de Michel Trembaly au Carrefour international de théâtre.
Des vies en cinémascope.
Nous connaissions Les Belles Soeurs en noir et blanc, les voici en
cinémascope. Dirigées par René Richard Cyr
(déchaîné !) et portées par la musique
de Daniel Bélanger (très inspiré), les
héroïnes de Michel Tremblay prennent le
contrôle de la scène et, symboliquement, celui de la
cuisine de Germaine Lauzon.
Que de couleur ! Que de rythme ! Que de souffle !
Certes, dès la première chanson, on sent le drame
imminent, mais ces soeurs, belles- soeurs et voisines nous font
rire et nous attendrissent par des chansons qui leur collent à
la peau. À tour de rôle, ces femmes,
prisonnières de leur cuisine et de leur quotidien
entreront dans la lumière pour venir y chanter leurs
joies, leurs attentes, leurs rêves, leurs frustrations ou leurs
regrets. Elles sont belles, elles sont drôles, elles
ont fortes, elles sont attendrissantes, et ...quand elles
entonnent leur ode au bingo... elles sont délirantes !
Entourant Janine Sutto, qui s'amuse à fond
dans le rôle d'Olivine Dubuc, la distribution est
irréprochable, les voix fort belles et les musiciens
excellents. Même si elles chantent «
leur maudite vie plate » Germaine et ses
invitées nous captivent jusqu'à
la fin, jusqu'à la chute, jusqu'au rejet,
jusqu'à ce que dans la cuisine et dans la salle retombe
à nouveau...le silence.
Belles-Soeurs sera de retour à la salle Albert-Rousseau en
janvier 2012 !
À voir et à revoir !
Yolande Prémont
- Le Télégraphe de Québec
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