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Cyrano de Bergerac au
Théâtre du Trident
Que de verve ! Que de plaisir !
« Quelle belle production ! » Après la
représentation de Cyrano de
Bergerac, c'est cette courte phrase qui résonnait
dans la salle Octave Crémazie, provenant de maints spectateurs
ravis d'avoir été conviés à cette
célébration de l'intelligence, du courage, de la
fidélité et de l'amour.
Dès le premier acte, Hugues Frenette, qui relève le
défi des 1600 vers, séduit par la justesse de son
jeu, par sa tendresse, sa drôlerie et par sa
vulnérabilité. Entre la tirade du nez au premier
acte et le « non,non, mon cher amour, je ne vous aimais pas
» de la scène finale, cet acteur superbe tient vraiment le
spectateur dans sa main et ne rate aucun effet. Maryse Lapierre compose
une Roxane très juste, à la fois naïve et
déterminée, téméraire même et
amoureuse de l'amour. Lucien Ratio, (Christian) se fait un
« usurpateur » sympathique, jeune, plein de fraîcheur
et étonnamment drôle. Le trio est entouré d'une
distribution sans failles qui joue avec un plaisir évident.
Marie Gignac signe là une mise en scène originale et qui
va droit au but : que le texte génial d'Edmond Rostand
atteigne le spectateur. Elle a choisi de couper une
heure et demie dans la pièce de cinq actes et le spectacle y
gagne en rythme, en densité et en efficacité. On ne
s'ennuie pas une minute. On sent aussi un travail approfondi sur
le texte : toutes les répliques, tous les apartés
franchissent la rampe, tous les mots d'esprit et les effets
comiques font mouche.
Le décor de Michel Gauthier est aussi une trouvaille. Pour
représenter les cinq lieux demandés par l'intrigue,
il propose un décor unique très évocateur.
Nous sommes dans un entrepôt de théâtre : les
passerelles, étagères, portes amovibles suggèrent
tour à tour l'hôtel de Bourgogne avec sa scène
élisabéthaine et ses loges, une pâtisserie, la
maison de Roxane et son fameux balcon, un camp militaire et enfin, le
couvent où l'héroïne découvrira qui
était son véritable amour. La bande sonore
volontairement assourdie rappelle constamment que nous sommes dans les
coulisses d'un théâtre où des comédiens,
toujours prêts à entrer en scène, s'affairent et
participent aux changements de décor. Les changements de
costumes se font aussi à vue et il est très
intéressant d'assister aux diverses transformations de ces
douze comédiens qui en personnifient soixante. Les costumes de
Virginie Leclerc sont d'ailleurs très beaux et les robes de Roxane
seyantes avec des couleurs qui accentuent les malentendus
: blanc pour la mystification, noir pour la
vérité, rouge pour la passion, la guerre et la mort.
La proposition de Marie Gignac et l'interprétation de Hugues
Frenette mettent en lumière de nombreux passages aussi savoureux
que la tirade du nez et nous font redécouvrir avec plaisir ce
très grand texte. Les mots d'esprits, les mots
d'amour et cette musique constante des alexandrins nous vont
droit au coeur.
Nous voudrions tous d'un Cyrano dans nos vies, de cet amoureux
sincère, de cet ami fidèle qui aime chanter, rêver
et rire et qui lutte contre la bêtise et l'ignorance. Merci
au Trident de nous permettre cette importante rencontre, l'espace d'un
soir.
Chapeau, Cyrano !
Mise en scène : Marie Gignac
Cyrano de Bergerac : Hugues Frenette
Roxane : Maryse Lapierre
Christian : Lucien Ratio
Comte de Guiche : Jean
Sébastien Ouellette
Le Bret : Jean Michel Déry
Ragueneau : Denis Lamontagne
Vicomte de Valvert : Éric
Leblanc
Lise : Ansie St-Martin
La duègne : Éva Daigle
Lignière : Normand Bissonnette
Montfleury : Serge Boni
Un fâcheux, un pâtissier, un cadet : Frédéric Bouffard
Musicien : Stéphane Caron
Assistance à la mise en scène : Hélène Rheault
Scénographie : Michel Gauthier
Costumes : Virginie Leclerc
Éclairages : André Rioux
Musique : Stéphane Caron
Théâtre du Trident / Grand Théâtre de Québec
269, boulevard René-Lévesque Est - 418 694-9721 / 1-877-643-8131 - 36 $, 31 $
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