Chroniques Théâtre : Roméo et Juliette Depuis le 28 février 1997 English
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bl Yolande Prémont
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Saison 2010 / 2011
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Roméo et Juliette
Au Théâtre de la Bordée du 18 janvier au 12 février 2011.
www.bordee.qc.ca


Il neige sur Vérone.

Les spectateurs sont toujours un peu sceptiques lorsqu'un metteur en scène annonce la relecture d'une pièce classique et choisit de la transposer dans une époque contemporaine. Amoureux de beaux costumes et de décors flamboyants, ils restent souvent sur leur faim. Rien de cela dans le Roméo et Juliette du théâtre de la Bordée, une proposition audacieuse et très originale du metteur en scène Olivier Lépine. Son décor : une immense place publique en forme de damier, bordée de hautes murailles ; à l'arrière scène, dans un cube tout blanc dont le toit devient la chapelle du frère Laurent, on a troqué le balcon de Juliette pour une chambre de jeune fille très moderne.

C'est sur cet immense échiquier que la Fatalité fait avancer et disparaître ses pions. Là se joueront les querelles, les combats, les intrigues et les amours. Les personnages, tous vêtus de noir, (les hommes en complet-cravate et les femmes en tailleur ) évoquent la rigueur d'une société qui étouffe les amoureux. Malgré cet univers très sombre, le décor, les personnages, le jeu et même le texte sont admirablement mis en relief par les éclairages précis et magnifiques de Caroline Ross et par la musique de Josué Beaucage.

 On sent que les comédiens ont fait un énorme travail sur le texte, car les vers de Shakespeare, truffés d'images et de métaphores, sont très accessibles . La distribution est impeccable : mentionnons Linda Laplante qui, loin de son personnage de Kliniken, compose une truculente nourrice et bien sûr, Alexandrine Warren et Steve Gagnon qui relèvent avec brio l'immense défi de cette tragédie de trois heures. Les deux acteurs jouent avec justesse la candeur et la témérité de l'adolescence, mais aussi la force, la ténacité et le courage mus par une passion naissante. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils ont vibrants.

 Si la deuxième partie de la pièce est un peu longue, on peut en faire le doux reproche à Shakespeare lui-même. Ce cher William aurait pu semer quelques raccourcis sur le chemin de ses amoureux mythiques. Mais la scène finale est tellement belle qu'on lui pardonne ses nombreuses envolées lyriques ...
À la fin, il neige sur Vérone. Tout doucement, la neige recouvrira les jeunes corps enlacés, blancs et lumineux. Elle figera à jamais tous les pions de l'échiquier demeurés insensibles à l'amour de deux enfants et elle blanchira complètement le monde obscur qui les a conduits vers la mort.

Yolande Prémont - Télégraphe de Québec // 2011 01 21

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Texte de William Shakespeare
Mise en scène d'Olivier Lépine
Distribution: Normand Bissonnette, Gabriel Fournier, Steve Gagnon, Israël Gamache, Marie Gignac, Linda Laplante, Eliot Laprise, Jacques Leblanc, Frédérick Bouffard, Jean-René Moisan, Maxime Perron, Claudiane Ruelland, Réjean Vallée, Alexandrine Warren
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