Québec, 9 novembre 2008.
par Yolande Prémont
Tableau d'une exécution
Théâtre du Trident /
du 4 au 29 novembre 2008
Une coproduction du Théâtre du Trident et de Danse K par K.
Le 7 octobre 1571, des galères chrétiennes et ottomanes
se sont affrontées dans le golfe de Lépante. Invaincue
jusque là, la marine turque n'a pas résisté alors
aux canons de la flotte chrétienne.
Cette victoire de la Sainte Ligue, célébrée
partout en Europe, aura fait près de 40,000 morts.
Plusieurs oeuvres picturales ont représenté cette
bataille, magnifiant les amiraux de l'Occident. Mais en
l603, La battaglia di Lepanto, du peintre vénitien Andrea
Vicentino, brise les conventions en soulignant plutôt la
confusion de ce combat dans une mer rouge de sang où flottent
des cadavres.
La pièce, Tableau d'une exécution, est inspirée
à la fois de cette toile et de la vie de Artemisia Gentileshi,
première femme à avoir été acceptée
à l'Académie de dessin de Florence. Le dramaturge
britannique Howard Barker y met en scène Anna Galactia, à
qui les Doges ont commandé un tableau grandiose qui
célèbre la fameuse bataille. Comme Vicentino,
la meilleure peintre de Venise fera ressortir sur sa toile, la douleur,
la souffrance des guerriers et l'horreur de la bataille. Galactia est
une femme libre qui a la passion de la perfection. Celle qui
marche à contre- courant dans sa vie et dans son art ira-t-elle
jusqu'au bout de sa quête ? Pourra-telle défier longtemps
les doges et l'Église, scandalisés par son oeuvre ?
Entouré de concepteurs de talent, Gill Champagne a su
exploiter le décor, les éclairages et surtout la danse
pour mettre en relief le texte de Howard Barker. Avec le
scénographe Jean Hazel, il a conçu un mur immense qui
repose sur un grand bassin. Ce décor a une double fonction
: il évoque d'abord plusieurs lieux, le palais des Doges,
l'atelier de Galactia, les galères, la lagune et la mer ;
grâce à de savants éclairages, le mur devient aussi
l'immense toile où Galactia s'acharne à peindre la
vérité. Les danseurs, comme des muses, semblent
s'échapper de la pensée créatrice de la peintre
pour s'accrocher au tableau et y faire vivre les personnages de l'oeuvre
en gestation. Leurs costumes sont magnifiques, évoquant les
uniformes des guerriers et la nudité des cadavres qui flottent
sur l'eau.
Gill Champagne a fait un choix judicieux en offrant à
Marie Gignac un des rôles les plus exigeants de la dramaturgie
contemporaine. La comédienne le rend avec grand art, si
petite et si grande à la fois, comme son personnage.
Elle est entourée d'une distribution irréprochable.
Mentionnons Nicola-Franck Vachon, en amant déchiré
et Normand Bissonnette, en doge sympathique malgré toute sa
mauvaise foi. Les chorégraphies de Karine Ledoyen ajoutent
grâce et luminosité à la production.
Pour l'interprétation sans failles de Marie Gignac, pour
la beauté de la scénographie et des éclairages,
pour l'harmonie de la musique et des chorégraphies, pour
l'heureux mariage des arts de la scène orchestré par le
directeur artistique, cette production se méritera sans
doute de multiples récompenses au prochain gala des Masques.
Texte
Howard Barker
Traduction
Jean-Michel Déprats
Mise en scène Gill
Champagne
Chorégraphie
Karine Ledoyen
Scénographie
Jean Hazel
Costumes
Maude Audet
Éclairages
André Rioux
Musique
Yves Dubois
Maquillages
Élène Pearson
Comédiens : Normand Bissonnette,
Frédérick Bouffard. Marie Gignac, Linda Laplante, Michel
Nadeau, Olivier Normand, Nicola-Frank Vachon, Klervi Thienpont.
Danseurs : Julie Belley, Véronique Jalbert, Sonia Montminy, Brice Noeser, Katrine Patry, Mélanie Therrien.
Théâtre du Trident
du 4 au 29 novembre 2008 au Grand Théâtre de Québec
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