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22 janvier au 16 février 2008 - 20 h 00
LA MOUETTE
Texte d’Anton Tchekhov
Mise en scène de Frédéric Dubois

Théâtre de la Bordée

Lundi 28 janvier 2008.
par Yolande Prémont

La Mouette
De l'autre côté de sa vie.

« Lorsqu'on n'a pas de vie véritable, on la remplace par des mirages. » Anton Tchekov .

Nous sommes  à la maison de campagne de l'actrice Arkadina.  Son fils, Treplev se prépare à présenter une nouvelle pièce à un groupe d'invités dont Trigorine, auteur célèbre et amant de Arkadina.  Il a confié le rôle principal à Nina, naïve et ambitieuse, dont il est amoureux. La pièce est mal reçue et une nouvelle fois, le jeune auteur souffre de ne pas être pris au sérieux par sa mère.  Nina tombe bientôt amoureuse de Trigorine et part avec lui pour Moscou.  Celui-ci l'abandonne au bout de quelque temps pour revenir vers Arkadina.  Treplev et Nina se retrouvent au bout de deux ans pour constater leurs échecs respectifs.  Cette ultime rencontre pousse Treplev au suicide.


Pour la production de La Bordée, Frédéric Dubois a eu l'excellente idée d'inverser le décor de «La Mouette». A l'avant-scène, il nous propose un salon où le piano reste toujours silencieux. La vraie vie semble se passer de l'autre côté, à l'arrière-scène, sur la terrasse et sur l'autre rive : au début de la pièce, Nina montre à Treplev la maison de ses parents située de l'autre côté du lac où on entend la musique de la fête, elle célèbre ce lac qui l'attire comme une mouette, elle parle de son désir de s'envoler comme actrice et comme femme. C'est sur la terrasse que Treplev fera jouer sa pièce, c'est sur la terrasse que s'animent les invités en mangeant, en buvant et en jouant au loto, c'est de la terrasse qu'ils apprendront la mort de Treplev.

Lorsque les personnages se retrouvent au salon, c'est pour y exprimer leur ennui (Arkadina), leur douleur (Macha et Nina), leurs échecs (Treplev) leurs doutes (Trigorine) ou leurs regrets (Sorine). Arkadina trouve la campagne ennuyante « à la campagne, l'opium fait défaut » (les louanges). Malheureuse, Macha confie au docteur Dorn son amour secret pour Treplev, Trigorine parle de l'écriture qui le torture « je dévore ma propre vie, ...je ne m'aime pas comme écrivain ». Sorine, le plus âgé et le plus attaché à la vie, n'exprime que des regrets et Dorn parle du bonheur d'être ailleurs grâce à ses voyages. Ils sont tous, comme Macha, « en deuil de leur vie ».

Nina et Treplev ne se rendent sur la terrasse qu'au début de l'intrigue au moment de jouer la pièce du jeune homme, quand Treplev veut refaire le monde et, Nina, le conquérir. C'est plutôt dans la pénombre du salon que Treplev exprime sa douleur et son humiliation : « Dans le monde de ma mère, avec ces prêtres de l'art sacré, il n'y a que moi qui ne sois rien. Deux ans plus tard, au même endroit, Nina viendra donner le coup de grâce à Treplev, après lui avoir avoué qu'elle aime toujours Trigorine, « cet homme qui s'est moqué de ses rêves pour passer le temps, » Trigorine qui est là, mais inaccessible, sur la terrasse, de l'autre côté de la fenêtre et qui ne la voit pas. Treplev se rend compte alors qu'il s'est trompé de vie.

La distribution est sans failles. A côté d'acteurs chevronnés comme Jean-Guy, Lorraine Côté et Jean Sébastien Ouellette (tous excellents), les jeunes comédiens tirent bien leur épingle du jeu principalement Marie-Hélène Gendreau et Véronique Coté qui jouent la passion et la douleur de vivre avec justesse et intensité.  Bien que Trigorine soit très bien rendu par Sylvio-Manuel Arriola, qui lui confère une sorte de vulnérabilité, j'aurais  bien aimé voir Jean Sébastien Ouellette défendre ce rôle.  Le fait d'avoir retranché deux personnages (donc un autre triangle amoureux) de la pièce, rend son personnage de médecin fataliste un peu fade et on ne comprend pas toujours ses motivations.

Ce Tchekov est une profonde réflexion sur l'amour, sur l'art, sur la vie et ses mirages où tout autant que Nina, chaque personnage est un peu cette mouette qui voit son désir de liberté et ses rêves s'effondrer sous le tir du chasseur insouciant.

Mise en scène Frédéric Dubois
Assistance à la mise en scène Olivier Lépine

Distribution :
Nina  Marie-Hélène Gendreau
Treplev Maxime Noël Allen
Arkadina  Lorraine Côté
Trigorine Sylvio-Manuel Arriola
Macha  Véronique Côté
Medvedenko  Jonathan Gagnon
Dorn  Jean-Sébastien Ouellette
Sorine   Jean-Guy

Décor   Amélie Trépanier
Costumes et coiffures  Yasmina Giguère
Éclairages  Sonoyo Nishikawa
Musique originale  Pascal Robitaille
Maquillages Maude Audet

Théâtre de la Bordée
315, rue Saint-Joseph Est - 418 694-9721 / 1-877-643-8131 - 22 $, 25 $ et 30 $




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