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La Mouette
De l'autre côté de sa vie.
« Lorsqu'on n'a pas de vie
véritable, on la remplace par des mirages. » Anton
Tchekov .
Nous sommes à la maison de campagne de l'actrice
Arkadina. Son fils, Treplev se prépare à
présenter une nouvelle pièce à un groupe
d'invités dont Trigorine, auteur célèbre et amant
de Arkadina. Il a confié le rôle principal à
Nina, naïve et ambitieuse, dont il est amoureux. La pièce
est mal reçue et une nouvelle fois, le jeune auteur souffre de
ne pas être pris au sérieux par sa mère. Nina
tombe bientôt amoureuse de Trigorine et part avec lui pour
Moscou. Celui-ci l'abandonne au bout de quelque temps pour
revenir vers Arkadina. Treplev et Nina se retrouvent au bout de
deux ans pour constater leurs échecs respectifs. Cette
ultime rencontre pousse Treplev au suicide.
Pour la production de La Bordée, Frédéric Dubois a
eu l'excellente idée d'inverser le décor de «La Mouette».
A l'avant-scène, il nous propose un salon où le piano
reste toujours silencieux. La vraie vie semble se
passer de l'autre côté, à l'arrière-scène,
sur la terrasse et sur l'autre rive : au début de la
pièce, Nina montre à Treplev la maison de ses parents
située de l'autre côté du lac où on entend la
musique de la fête, elle célèbre ce lac qui
l'attire comme une mouette, elle parle de son désir de s'envoler
comme actrice et comme femme. C'est sur la terrasse que Treplev
fera jouer sa pièce, c'est sur la terrasse que s'animent
les invités en mangeant, en buvant et en jouant au loto, c'est
de la terrasse qu'ils apprendront la mort de Treplev.
Lorsque les personnages se retrouvent au salon, c'est pour y
exprimer leur ennui (Arkadina), leur douleur (Macha et Nina),
leurs échecs (Treplev) leurs doutes (Trigorine) ou leurs regrets
(Sorine). Arkadina trouve la campagne ennuyante « à
la campagne,
l'opium fait
défaut » (les louanges). Malheureuse, Macha confie
au docteur Dorn son amour secret pour Treplev, Trigorine parle de
l'écriture qui le torture « je dévore ma propre
vie, ...je ne m'aime pas comme écrivain ». Sorine, le plus
âgé et le plus attaché à la vie, n'exprime
que des regrets et Dorn parle du bonheur d'être ailleurs
grâce à ses voyages. Ils sont tous, comme Macha,
« en deuil de leur vie ».
Nina et Treplev ne se rendent sur la terrasse qu'au début de
l'intrigue au moment de jouer la pièce du jeune homme, quand
Treplev veut refaire le monde et, Nina, le conquérir.
C'est plutôt dans la pénombre du salon que Treplev exprime
sa douleur et son humiliation : « Dans le monde de ma
mère, avec ces prêtres de l'art sacré, il n'y a que
moi qui ne sois rien. Deux ans plus
tard, au même endroit, Nina viendra donner le coup de
grâce à Treplev, après lui avoir avoué
qu'elle aime toujours Trigorine, « cet homme qui s'est
moqué de ses rêves pour passer le temps, » Trigorine
qui est là, mais inaccessible, sur la terrasse, de l'autre
côté de la fenêtre et qui ne la voit pas. Treplev se rend
compte alors qu'il s'est trompé de vie.
La distribution est sans failles. A côté d'acteurs
chevronnés comme Jean-Guy, Lorraine Côté et
Jean Sébastien Ouellette (tous excellents), les jeunes
comédiens tirent bien leur épingle du jeu principalement
Marie-Hélène Gendreau et Véronique Coté qui
jouent la passion et la douleur de vivre avec justesse et
intensité. Bien que Trigorine soit très bien rendu
par Sylvio-Manuel Arriola, qui lui confère une sorte de
vulnérabilité, j'aurais bien aimé voir Jean
Sébastien Ouellette défendre ce rôle. Le fait
d'avoir retranché deux personnages (donc un autre triangle
amoureux) de la pièce, rend son personnage de
médecin fataliste un peu fade et on ne comprend pas toujours ses
motivations.
Ce Tchekov est une profonde réflexion sur l'amour, sur l'art,
sur la vie et ses mirages où
tout autant que Nina, chaque personnage est un peu cette mouette qui
voit son désir de liberté et ses rêves
s'effondrer sous le tir du chasseur insouciant.
Mise en scène Frédéric
Dubois
Assistance à la mise en scène Olivier Lépine
Distribution :
Nina Marie-Hélène
Gendreau
Treplev Maxime Noël Allen
Arkadina Lorraine
Côté
Trigorine Sylvio-Manuel Arriola
Macha Véronique
Côté
Medvedenko Jonathan Gagnon
Dorn Jean-Sébastien
Ouellette
Sorine Jean-Guy
Décor Amélie
Trépanier
Costumes et coiffures Yasmina
Giguère
Éclairages Sonoyo
Nishikawa
Musique originale Pascal
Robitaille
Maquillages Maude Audet
Théâtre de la Bordée
315, rue Saint-Joseph Est - 418 694-9721 / 1-877-643-8131 - 22 $, 25 $ et 30 $
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